DIA | Le drama algérien dominé par les techniciens arabes et turcs
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Le drama algérien dominé par les techniciens arabes et turcs

DIA-09 mai 2019: Dossier réalisé par Salim Aggar * : Cette année le programme audiovisuel des chaînes algériennes a été marqué par la diffusion de plusieurs feuilletons de qualité sans que ces derniers soient réalisé par des réalisateurs algériens. D’habitude l’Algérie ne produit que deux à trois feuilletons ou séries à grand budget par ramadhan. L’Entv la télévision publique a toujours produit un drama pour maintenir son audience par rapport aux autres chaînes notamment El Djazairia One, qui a dominé le drama algérien durant deux ans avec « El Khawa ». Le secret de cette réussite est le résultat de l’apport de réalisateurs étrangers, notamment de techniciens venus de Tunisie et de Syrie notamment en raison des liens très forts qui lient ses pays à l’Algérie. Si les techniciens tunisiens peuvent travailler en Algérie sans autorisation, ce n’est pas le cas pour les syriens qui doivent obtenir un permis de travail. Celui-ci est délivré sans trop difficultés en raison du soutien accordé par l’Etat algérien au peuple syrien victime de la guerre civile.  Ainsi cette année, le paysage algérien a vu la réalisation de cinq dramas avec des moyens productions énormes et l’apport de techniciens étrangers : « El Djarih », feuilleton diffusé sur El Djazairia One et réalisé par le réalisateur syrien Abdelghani Bekaei. Ce dernier est à la base un monteur, il avait monté plusieurs grosses productions arabes à l’image de « l’Imam », « Hussein oua Elhussein » et « Tarik Ennamal ». « El djarih » est son premier feuilleton. Ce feuilleton devait être diffusé sur l’Entv, mais faute de budget conséquent le producteur Ameur Bahloul, s’est retiré et s’est rabattu sur El Djazairia One.

Machair, une aventure d’une année d’Echourouk vers Ennahar  

« Machair », feuilleton dramatique diffusé sur Ennahar et réalisé par le réalisateur turc Mohammed Gok, qui avait notamment réalisé pour le compte d’Echourouk l’année dernière « Tilk El Ayam » qui avait été interdit de diffusion par les autorités.  Ce feuilleton avait également été prévu pour la chaîne Echourouk, mais finalement il a été racheté par Ennahar Tv. Le feuilleton d’une haute qualité technique et artistique et qui bénéficie d’une distribution tunisienne importante sera également diffusé sur deux chaînes tunisiennes : Carthage + et Hiwar Tounessia.

La série comique « Rais Corso », diffusée sur la chaîne Ennahar et réalisée en Turquie par le réalisateur égyptien Mohamed Adeeb, avec une équipe technique est à 100% turque, a été un exemple édifiant de la collaboration algéro-turque. Même si la série n’a pas eu le succès escompté, Corso reste une valeur sûre du programme du Ramadhan.  

« Ouled Hallal » transfère le drama tunisien en Algérie  

Ce dernier a perdu la bataille de l’audience face au drama « Ouled Hallal », diffusé sur la chaîne Echourouk + et mis en scène par le réalisateur tunisien Nasseredine Shili. Ce dernier s’est illustré en Tunisie par la réalisation de films très controversés. En 2018, il réalise un documentaire qui brise le tabou de l’homosexualité.  »Subutex » où Nasreddine Shili filme dans un vieux hammam du quartier de Bab Jedid, une idylle entre deux jeunes hommes (Rzouga et Fanta) qui vivent une histoire d’amour clandestine entre drogue, violence et sensualité.

Le feuilleton « Ouled El Hallal », qui a été créé par Aymen Djouadi, associé dans Not Found et Well Sound, avec Imed Hanouda, est une copie conforme d’unfeuilleton tunisien qui évoque les mêmes fléaux : la drogue, la prostitution et la violence familiale, en l’occurrence la série  « Ouled Moufida » d’un producteur très célèbre en Tunisie Sami El Fahri. Les références du feuilleton sont également inspirées du film « Doukan Chahata » de Khaled Youcef et du feuilleton égyptien « Ibn Hallal » avec la star égyptienne montante Mohamed Ramdhan. Pour réussir son coup, le réalisateur tunisien, a choisi les quartiers délabrés du vieux bâti d’Oran comme décor naturel de son drama.  Le feuilleton a été réussi sur le plan artistique et dramatique et a surtout cassé un tabou : la diffusion de films dramatiques choquants en plein mois sacré du Ramadhan. Malgré plusieurs problèmes survenus lors du tournage, (Il avait été arrêté par la BRI), le réalisateur tunisien a réussi son pari de faire un feuilleton de qualité pour la première fois de son parcours artistique.

Enfin, le dernier technicien étranger à réaliser un feuilleton avec l’Algérie (Co-production algéro-syrienne) est le réalisateur syrien Samir Hussein, avec le feuilleton « Ward El Assoued » pour le compte d’Echourouk +. Ce dernier a tourné une grande partie en Syrie et poursuivi le tournage en Algérie. Recruté par l’ex Directeur d’El Djazairia One, Samir Boudjadja ce dernier a finalement diffusé sa production sur la chaîne d’Ali Fodil après son retour sur Echourouk.

Djaafar Gassem, Nassim Boumaiza et Rym Ghazali favorables au tournage à l’étranger

Au-delà des critiques sur le mode de paiement de ces techniciens étrangers, ces derniers ont totalement révolutionné le drama algérien, resté trop statique et peu artistique par rapport aux autres productions arabes et même maghrébines . C’est suite à la venue de Madih Belaid, il y a deux ans et la réalisation de son feuilleton El Khawa, que le drama algérien a été totalement bouleversé. Ce dernier a dévoilé au grand jour les grandes failles des réalisateurs algériens. L’absence de valeur artistique, d’image de qualité et surtout de direction d’acteur, a totalement bouleversé la mentalité de certaines chaînes. Même l’Entv qui était réfractaire au recrutement des techniciens étrangers s’est finalement pliée à la demande des sponsors. D’autres techniciens algériens en revanche ont rejeté ce manque de niveau artistique et renvoient les causes au manque de techniciens dans le son, l’image et surtout dans les effets spéciaux devenus indispensables dans les scènes d’actions et même des génériques. Aujourd’hui, seuls trois cinéastes ont démontré qu’ils sont capables de rivaliser avec les techniciens arabes et ont tourné même en Tunisie et en Espagne avec des équipes étrangères : Djaafar Gassem, Nassim Boumaiza ou encore Rym Ghazali. Ces trois techniciens ont mis en exergue, l’importance  du décor pour la livraison d’un bon produit, des costumes et des techniciens (Photo, effets spéciaux et lumière) pour la mise à niveau du drama algérien par rapport aux superproductionsarabes.   

A.S

*Critique de cinéma et audiovisuel