Exfiltré d'Alger, l'homme des réseaux Alexandre Djouhri arrêté à Londres - DIA
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Exfiltré d’Alger, l’homme des réseaux Alexandre Djouhri arrêté à Londres

DIA-09 janvier 2018: Intermédiaire mystérieux, homme d’affaires sulfureux issu du « milieu » parisien, le franco-algérien Ahmed Djouhri, devenu Alexandre Djouhri, a été arrêté et mis en garde à vue ce lundi à Londres. Son nom apparaît comme essentiel dans l’enquête sur un éventuel financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.

C’est d’ailleurs dans la capitale algérienne qu’Alexandre Djouhri a cherché à faire la connaissance d’un autre président de la République, Emmanuel Macron, le 6 décembre dernier, lors d’une soirée à l’ambassade de France à Alger. Le Canard Enchaîné, cité par Les Inrocks, s’était alors étonné de ce carton d’invitation. Son arrestation, ce lundi, tombe comme un nouvel épisode dans une série politico-économico-judiciaire déjà bien fournie.

C’est sur un bien mystérieux et sulfureux personnage que les policiers britanniques ont mis la main ce lundi matin à l’aéroport d’Heathrow à Londres. L’interpellé, Alexandre Djouhri, a été placé en garde à vue. Cet homme d’affaires, qui s’est engagé dans de nombreuses tractations économiques internationales au fil des années et qui fut membre de l’entourage de Dominique de Villepin, de Claude Guéant, et de Nicolas Sarkozy, doit être extradé vers la France où avait été émis un mandat d’arrêt européen à son nom. Ce personnage est au centre de l’enquête ouverte en avril 2013 au sujet d’un éventuel financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.

Une revente suspecte
Celui qui fut un compagnon de voyages de Claude Guéant, mis en examen dans cette même affaire pour faux et usage de faux, va devoir répondre à des questions portant sur la revente en 2009 de sa villa de Mougins, dans les Alpes-Maritimes, pour un prix estimé à cinq fois sa valeur réelle, à un fonds souverain libyen, le Libya Africa Investment Portfolio.

Dans le détail, Le Point explique qu’Alexandre Djouhri a acheté, l’identité masquée sous des prête-noms, la villa Nabila, à Mougins, à la fin des années 90, pour l’équivalent de 762.000 euros. Il l’a revendue en mai 2009, alors qu’elle était laissée à l’abandon et vandalisée, pour dix millions d’euros. Pourquoi avoir vendu la propriété à un fonds souverain libyen, et quelle fin servait cette surévaluation? Ces interrogations sont au cœur des recherches des enquêteurs.

Ahmed Djouhri devient « monsieur Alexandre »
Une autre question se pose lorsqu’on pose un regard sur la biographie d’Alexandre Djouhri: comment est-il devenu l’ami des puissants, et un chaînon de négociations économiques internationales sensibles? Alexandre Djouhri est né Ahmed Djouhri à Saint-Denis, en 1959, rappelle Le Monde. Fils d’un soudeur et d’une mère au foyer, immigrés kabyles, il grandit ensuite à Sarcelles, dans le Val-d’Oise. Dans les années 80, il fréquente les milieux de la nuit parisienne. Après y avoir rencontré Anthony Delon, le fils du comédien, il s’associe avec lui pour le lancement d’une ligne de vêtements.

Les premières fois où les services de l’Etat entendent plus directement parler de lui ne sont pas franchement à son avantage, comme on le voit dans ce portrait qu’avait tiré de lui Challenges. Le 4 avril 1986, les policiers viennent ainsi le visiter à l’hôpital Saint-Louis à Paris, après qu’il a été l’objet d’une fusillade lors de laquelle il a lui aussi fait usage d’une arme, selon l’enquête. Il réchappe aussi à un autre règlement de compte. A l’époque, les policiers notent qu’on le surnomme, déjà, « monsieur Alexandre », évoquent sa « moralité douteuse » et ses « activités aussi lucratives qu’obscures ».

Ce jugement ne l’empêchera pas d’entamer son ascension. Après avoir rencontré le fils d’un ancien directeur de l’Unesco, il se lie aux milieux de la Françafrique. Il fonde aussi une agence de presse euro-arabe et euro-africaine, qui l’amène à se rapprocher de Bechir Saleh, directeur de cabinet du dictateur libyen, Mouammar Kadhafi. Il sympathise avec des personnalités politiques françaises, principalement chiraquiennes, comme Dominique de Villepin. Vers la fin du second mandat de Jacques Chirac, sa route croise celle de Claude Guéant, proche de Nicolas Sarkozy, et celle de ce dernier. Il noue aussi une amitié avec Bernard Squarcini à partir de 2005, alors préfet de Marseille avant d’être promu plus tard à la tête de la DCRI. Ce dernier, s’il l’appelle amicalement « le bandit », note encore Le Monde, ne tarit pas d’éloges à son égard.

Le réseau Djouhri, de l’Arabie saoudite à la Russie
Toutefois, ce n’est pas dans la politique qu’il fait carrière, mais dans les affaires. Alexandre Djouhri connaît bien les grands patrons Serge Dassault et Henri Proglio. il se fait conseiller notamment d’Alstom et Veolia. Son entregent, ses contacts au Moyen-Orient, notamment avec la famille d’entrepreneurs saoudiens Bugshan, le propulsent bientôt dans des négociations économiques internationales. Son nom apparaît de-ci de-là dans des dossiers aussi nébuleux que sensibles. En 2011 ainsi, à travers des accusations portées par Ziad Takieddine, il est cité par exemple dans l’affaire portant sur des détournements supposés de commissions relatives à des contrats d’armement des frégates Sawari II avec l’Arabie saoudite. En novembre 2011, Alexandre Djouhri avait indiqué lancer une procédure pour « dénonciation calomnieuse » contre Ziad Takieddine.

Alexandre Djouhri n’a pas qu’un prisme moyen-oriental. il jouit aussi de contacts en Russie, y compris familiaux. Son fils, Germain, a même épousé la fille de Sergueï Nosov, homme d’affaires russe et maire de la ville de Nijni Taguil, du côté de l’Oural.

C’est à compter de 2015 que la justice se penche sur l’activité foisonnante d’Alexandre Djouhri, en perquisitionnant sa villa près de Genève. Prudent, il prend alors ses distances avec l’Hexagone et s’installe à Alger avant d’être exfiltrer.  

In BFM TV