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Des figures historiques algériennes filmées par des techniciens arabes

DIA-29 avril 2016- 11h30: Après l’épisode de l’Emir Abdelkader dont le projet a été confié à un réalisateur américain de seconde zone Charles Burnett, voilà que la polémique sur les réalisateurs étrangers qui travaillent dans le cinéma algérien sur des figures historiques algériennes, est relancée. C’est le réalisateur et producteur Bachir Derrais qui a tiré la sonnette d’alarme en réagissant sur le sujet. « C’est du mépris total pour la profession pour ceux qui se sont battus pour ce métier, pour ceux qui se battent en Algérie. je n’ai rien contre les étrangers mais eux on leur donnent tous les moyens ils ont un traitement de faveur mais quand ils s’agit des locaux on les traitent comme de la merde… mais les cinéastes algériens méritent ils sont responsables par leur silence complice », s’insurge le producteur et réalisateur du film Larbi Ben Mhidi.

Charles Burnett le cinéaste qui devait réaliser le film l'Emir Abdelkader
Charles Burnett le cinéaste américain qui devait réaliser le film l’Emir Abdelkader

Le 21 novembre dernier, un long-métrage consacré à la vie et au parcours de Saint-Augustin, figure chrétienne de l’Algérie a été lancé à Annaba. Produit par une société algérienne dirigée par Aida Kabouya, le film est pourtant réalisé par un cinéaste égyptien Samir Seïf, qui, malgré un CV impressionnant : il a réalisé plus de 25 longs métrages et a été assistant-réalisateur de Chadi Abdel Salam, Youssef Chahine et Hassan al-Imam, son dernier film remonte à 2001, «la queue de poisson ». De plus la production technique est entièrement assuré par des tunisiens.  

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Samir Seif, le cinéaste égyptien qui réalise le film sur Saint Augustin

Le 15 janvier 2016, le  premier tour de manivelle d’une série télévisée intitulée « Taouq El-Nar » (collier de feu), consacrée au parcours militant et la résistance de Cheikh Amoud Ben Mokhtar (1859-1928) contre l’occupant français dans le sud, a été donné, à Hassi Benabadallah (20 km d’Ouargla), en présence du ministre de la Communication, Hamid Grine. La série est réalisée par autre technicien étrangers, le jordanien Bessam El-Masri, et le scénario a été écrit par Abdelbari Abou El-Kheïr et Mohamed Omar de Syrie et pour laquelle est mobilisé un budget de 12 milliards de centimes.

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Le réalisateur tunisien Chawki Al Medjeri mettra en scène l’histoire d’Ahmed BEY

Une autre figure de l’histoire pré-coloniale française a été également lancée sous la direction d’un technicien étranger : le biopic sur Ahmed Bey. Le premier tour de manivelle a été donné par le ministre de la Culture Azzedine Mihoubi, le 17 avril dernier à Constantine, le jour de la clôture de la manifestation Constantine 2015. La réalisation a été confié cette fois à un cinéaste tunisien qui travaille beaucoup avec les syriens Chawki Al Medjeri, sur un scénario algérien signé Rabah Drif, le long métrage « Hadj Ahmed Bey » sera tourné entre les villes de Constantine, Biskra et Alger, a précisé la productrice exécutive du film, Samira Hadj Djllani

L’exception audiovisuelle de Hadjilani 

Cette dernière qui produit son premier long métrage cinéma, a déjà produit plusieurs feuilletons pour le compte de la télévision nationale : Aissat Idir et Forsane el Hoggar (Sur les touaregs).  Tous réalisés par un seul et même réalisateur étranger : le jordanien Kamel Allaham.  Mme Hadj Djilani a toujours défendu l’idée qu’il n’existe pas réellement de techniciens algériens capable de réaliser des œuvres historiques. Mais elle a toujours voulu associer une équipe technique algérienne au projet afin de tirer profit de l’expérience d’un technicien arabe.  Son expérience en tant que productrice exécutive du feuilleton arabe « Dhakirat El Djassad », avec le réalisateur syrien Najdat Anzour, lui a ouvert les yeux sur l’évolution des techniciens syriens dans le domaine cinématographique et audiovisuel arabe.  

Elle n’est pas la seule à partager ce constat. Plusieurs responsables dans le département cinéma et audiovisuel partagent cette thèse qu’il n’existe pas de réalisateur algérien capable de réussir techniquement un film historique algérien.  

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Le réalisateur syrien Bassel el Khatib entre la directrice du CADC Chahinez Mohammedi et le scénariste algérien Rabah Drif

En effet même pour adapter au cinéma le parcours de la figure historique « Ibn Badis », le Centre algérien du développement du cinéma (CADC) et le département cinéma de la manifestation «Constantine, capitale de la culture arabe» ont été obligé de confier le projet à une équipe étrangère. Le tour de manivelle du film sera donné le 15 mai 2016 à Alger. Le long métrage, sera réalisé par le Syrien Bassil Al Khatib, d’après un scénario de Rabah Drif, (le même auteur du scénario pour le film Ahmed Bey)   Le choix des comédiens se fera après un casting qui a déjà débuté. Bassil Al Khatid a déclaré que son casting sera à 100% algérien.

L’Algérie n’a produit que trois films historiques 

En plus de 50 ans d’indépendance, l’Algérie qui a produit plus d’une centaine de films sur la révolution, n’a produit que trois films historiques, « Cheikh Bouamama » réalisé par le cinéaste Ben Amar Bakhti, « L’andalou » réalisé par Mohamed Chouikh et « Fatma Nssoumer » mise en scène par le cinéaste Belkacem Hadjadj. Ce dernier film est intervenu suite à une tentative audiovisuelle de l’Entv très critiquée en 2004.  Un feuilleton sur fatma Nssoumer intitulé « Adra’ El djabal » (La vierge de la montagne) dont le scénario a été écrit par l’actuel ministre de la Culture Azzedine Mihoubi mais la mise en scène a été confiée à  un réalisateur syrien Samy El Djenadi. Le feuilleton a été entièrement tourné en Syrie avec des comédiens et des figurants syriens. Seuls quelques comédiens algériens ont été associés à la production, qui était majoritaire algérienne.  Les algériens avaient critiqué cette production car elle a été tournée en arabe classique alors que l’héroïne était amazighe. 

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Le ministre de la Culture Azzedine Mihoubi avec la productrice Hadjilani, discutant avec le directeur artistique tunisien, qui devrait travailler avec Chawki Al Medjeri dans le film Ahmed Bey

Plus de dix ans après ce feuilleton, la situation des syriens a malheureusement changé: la Syrie est plongé depuis 4 ans dans une guerre civile extrêmement violente, beaucoup de techniciens syriens se sont exilés, comme l’ont fait dans les années 90, les techniciens algériens durant la période du terrorisme, certains techniciens et mêmes comédiens syriens ont été récupérés par des producteurs algériens par solidarité mais dans la majorité des cas, ils ont été recruté pour leur savoir faire. Le cinéma et l’audiovisuel algérien souffrent actuellement d’un vide flagrant en matière de création artistique dans le domaine du 7e art. Le secteur est en train payer les 20 ans d’instabilité, du marasme et surtout d’absence d’une politique claire envers le cinéma. Durant 12 ans, l’ancienne ministre de la culture Khalida Toumi avait misé sur le savoir faire français en encourageant des cinéastes algériens vivant à l’étranger. L’actuel ministre de culture Azzedine Mihoubi, tente de miser sur le savoir faire des deux cultures: occidentale et orientale. Tout en accordant des histoires algériennes à des techniciens arabes, le ministre mise sur la formation à long terme des assistants et des techniciens algériens. Une politique qui est souvent utilisé par le Maroc pour former ses techniciens, mais qui s’avère différente en matière de prise en charge artistique et surtout historique en Algérie.            

Salim AGGAR

Twitter: @salimaggar

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