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Le Gouvernement interdit l’investissement étranger dans l’audiovisuel algérien

Salim
Dossier préparé par Salim AGGAR

DIA-06 septembre 2016: L’Etat algérien va-t-il autoriser l’ouverture de son audiovisuel à des investisseurs étrangers ? C’est la question que nous nous sommes posé dans ce dossier. En effet, dans le nouveau cahier de charges pour la création d’une chaîne de télévision privée algérienne, il est totalement exclu qu’un étranger ou un capital étranger soit associé pour la création d’une chaîne privée algérienne. L’Etat veut lutter vraisemblablement contre une éventuelle implication d’un opérateur étranger dans un média lourd algérien privée. Ce qui est autorisé pour la création d’une entreprise en Algérie avec la règle du 51/49 n’est pas autorisé pour la création d’une télévision privée. Pourquoi l’Etat algérien a verrouillé le champ audiovisuel aux investisseurs étrangers ? En fait le gouvernement veut éviter le cas El Maghabiya TV, qui est dirigé par un algérien mais qui est financé par le Qatar, il veut également éviter le cas de Khalifa Tv quand un opérateur algérien a utilisé sa chaîne à partir de Londres pour attaquer la campagne du candidat Bouteflika en 2004. On veut éviter surtout toute liaison des propriétaires algériens avec des milliardaires étrangers, et influer sur les changements politiques en Algérie. L’influence médiatique étrangère est la grande hantise du gouvernement algérien. Ainsi dans l’article 8 relatif aux conditions de candidature pour l’acquisition d’une autorisation pour une télévision algérienne privée, l’Arav exige la justification de la nationalité algérienne des actionnaires ainsi que des administrateurs et dirigeants de la personne morale de la chaîne, comme elle exige la justification de l’exclusivité nationale et de l’origine des capitaux à investir. Autrement dit, aucun étranger ne peut faire partie des associés de la chaîne ou investir même pas un euro dans cette entreprise. Si l’Algérie adopte une exclusivité d’une chaîne privée nationale, elle n’est pas la seule dans le monde. Al Jazeera par exemple tous ses actionnaires, ses financements sont qataris. Même chose pour Dubai Tv. Mais certains schémas de création de chaînes dans le monde arabe et dans le Maghreb sont plus ouverts à l’investissement et à la coopération. La mondialisation et l’indépendance de l’investissement a facilité la création de télévisions dans le monde arabe depuis quelques années.

Le cas Nessma Tv et Hannibal Tv  

Le meilleur exemple d’un investissement dans une chaîne privée arabe par un opérateur étranger demeure Berlusconi quand il a décidé d’investir son argent et son savoir-faire dans la télévision privée tunisienne Nessma Tv.  Le magnat italien des médias, qui possède déjà un empire en Italie avec Mediaset, s’est associé avec son ami Tarek Ben Ammar à hauteur de 25% chacun dans un projet qui avait l’ambition de devenir d’une chaîne du grand Maghreb.

Nessma TV n’est pas la seule télévision en Tunisie qui est autorisé à introduire des investisseurs étrangers dans son capital. La première chaîne privée tunisienne Hannibal Tv. Le 13 février 2004, une autorisation de diffusion renouvelable de dix ans est attribuée à Tunimedia SARL (dont le statut est obligatoire car une autorisation ne peut être concédée à une société anonyme) contre une redevance de deux millions de dinars par an. Le groupe du millionnaire tunisien Larbi Nasra lance Hannibal TV le 12 février 2005 à 19 h 00 (heure tunisienne) mais son lancement officiel n’a lieu que le 13 février (date du premier anniversaire de l’octroi de l’autorisation de diffusion à la chaîne).  Mais en novembre 2013, Larbi Nasra vend près de 90 % du capital de la chaîne. Tarek Kadada, un Saoudien d’origine palestinienne, détient 49 % du capital et devient depuis l’actionnaire principal de la chaîne. Le reste du capital est détenu par des investisseurs tunisiens : Noureddine Hachicha, Mongi Makni, Habib Makni et Imed Ghaïth. La HAICA (Haute autorité indépendante de Communication audiovisuelle tunisienne) n’interdit pas dans son cahier de charge l’entrée d’un étranger dans le capital d’une chaîne tunisienne. En revanche elle interdit à un patron de chaîne privé tunisienne d’être dans la politique.

Le Maroc favorable à l’investissement étranger

Avant les tunisiens, les marocains avaient été les premiers dans le Maghreb à tester l’investissement étranger dans l’audiovisuel local, avec MED 1 Tv. Lancée le 1er décembre 2006, sous le nom de Medi 1 sat, la chaîne fut au début créée par les pouvoirs publics français (notamment par l’ancien président de la République française Jacques Chirac) et marocains, afin de promouvoir les cultures francophone et maghrébine dans la région de l’Afrique du Nord et dans tout le bassin méditerranéen. Elle a été dotée d’un capital de 15 millions d’euros pour accompagner ses premiers pas, dont 56 % était détenu par Maroc Telecom et la CDG. Le reste des parts de participation revenait à des actionnaires français (30 %) ainsi qu’à la radio Medi 1 (14 %). Le 16 septembre 2008, la chaîne devient marocaine à 100 % après l’annonce de l’acquisition des parts françaises par la CDG. Le 4 janvier 2010, quatre nouveaux actionnaires1 ont fait leur entrée dans le capital de la chaîne tangéroise. Il s’agit des assurances MAMDA et MCMA, CIMR et le groupe des banques populaires.  Même la chaîne 2M avait quelques investisseurs étrangers. De 1989 à 1996, 2M était gérée par le groupe ONA (Omnium Nord-Africain) premier groupe industriel privé d’Afrique en association avec le groupe audiovisuel français TF1, la Sofirad, le groupe canadien Vidéotron et les institutionnels marocains. Depuis 1996, 2M appartient à l’État marocain qui possède 68 % du capital.

Nagib Sawaris : quand les affaires favorisent l’investissement dans l’audiovisuel

Dans le monde d’audiovisuel aujourd’hui, certains hommes d’affaires qui ont réussis dans le commerce, ont choisit d’investir dans l’audiovisuel pour se protéger contre une éventuelle attaque médiatique contre leur groupe. C’est le cas de l’égyptien Nagib Sawaris, un homme d’affaires de confession chrétienne copte, qui a fait fortune dans les télécoms et la construction en lançant avec sa société Orascom télécom des opérateurs dans Afrique et en Europe. L’une de ses plus importantes réussites est sa filiale algérienne Djezzy. Nagib Sawaris qui possédait déjà une chaîne en Egypte On Tv, dont certaines parts ont été revendues à son ami franco-tunisien Tarek Ben Ammar, a compris que la puissance financière ne suffit pas dans un monde arabe en plein ébullition. En 2015 avec son groupe de presse Media Globe Networks, il a acquis 53 % d’Euronews, la chaîne d’information basée à Lyon (France) pour 35 millions d’euros. Sawaris s’est protégé en obtenant une chaîne européenne.  Les magnats arabes de l’audiovisuel ne sont pas nombreux mais investissent dans n’importe quelle opération rentable. En 2002, Rafik Khalifa, le célèbre milliardaire algérien avait comme projet de lancer une chaîne de télévision, il avait tenté d’acheter la chaîne d’info arabe ANN appartenant Refat EL Assad, avant de se ressaisir et de créer une télévision Khalifa TV à partir de Londres et de Paris. Une chaîne qui sera la source essentielle de ses problèmes en Algérie et en France et contribuera à la chute de son groupe qui était estimé à un milliard de dollars. Il faut dire que Rafik Khalifa n’est pas le premier milliardaire à vouloir investir dans une chaîne. Le premier homme d’affaires algérien vouloir tenter sa chance était Djilali Mehri. En 1986, il est candidat au rachat de 20% de la chaîne de télévision TF1. Mais les autorités françaises, à l’époque, n’ont pas souhaité qu’un algérien détienne des parts dans la première télévision de France. Un ancien collaborateur de Mehri, Riad Redjdal qui dirigeait dans le passé sa société de publicité « Afkar Plus » refuse à son tour qu’un étranger investisse dans une télévision algérienne. « Avant de lancer El Djazairia en 2012, j’avais voulu tenter ma chance en lançant une chaîne de télévision en Tunisie, mais on a refusé mon dossier parce que j’étais algérien. ». L’audiovisuel est espace off-shore où chaque investisseur peur mettre de l’argent pour lancer sa chaîne. Parfois, la politique peut constituer un frein aux ambitions de certains investisseurs.

DIA-Patrons de groupes de télévisions

Les qataris et saoudiens à l’affut de l’audiovisuel arabe

C’est le cas pour le prince Saoudien El Walid Ben Talal, qui détient déjà 50 % des parts de Rotana group, un groupe audiovisuel, regroupant télévisions, radios et studio de musique au Liban, en Syrie et en Egypte. En 2015, le Bahreïn, coupe le signal de la chaîne Al Arab vingt-quatre heures après son lancement par le milliardaire saoudien. La raison est liée à la ligne éditoriale de la chaîne qui s’oppose à la guerre en Yémen et l’intervention de l’Arabie Saoudite dans la région. Cette coupure est un coup d’arrêt aux ambitions du milliardaire saoudien. Il ne tentera pas de relancer la chaîne alors qu’il a les moyens financiers et logistiques pour la lancer de Londres ou Paris. D’ailleurs c’est à partir de la capitale française que les Qataris du groupe Bein Media ont choisis de lancer un canal de leur chaîne Sportive Al Jazeera Sport. Pour éviter les blocages politiques de la droite française, ils ont été jusqu’à changer le nom de la chaîne pour se démarquer de la chaîne Info Al Jazeera, considérée comme la chaîne proche des islamistes et d’Al Qaada. C’est ainsi qu’Al Jazeera Sport s’est transformé en Bein Sport. Les ambitions des Qataris les poussèrent même vers l’Amérique. En effet, le 20 août 2013, les qataris qui empêchent les étrangers à investir dans leur pays, lancent Al Jazeera America, aux États-Unis. La chaîne, qui a recruté quelques vedettes de l’information aux États-Unis. La chaîne, financée par le gouvernement du Qatar, avait racheté Current TV. Al Jazeera America a eu des problèmes économiques et sa gestion a été vivement critiquée. Le directeur de la chaîne Ehab al-Shihabi, a été contraint de partir. Sous la direction de son successeur Al Anstey, les chiffres d’audience ne se sont pas améliorés. La chaîne qui employait 700 personnes a dû baisser rideau en mars 2016. Al Jazeera annonce alors la suppression de 500 postes sur près de 4 500 salariés, dont une majorité à Doha, cette restructuration a été liée à la chute des prix des hydrocarbures dont est dépendant l’État du Qatar.

L’investissement étranger continue de faire parler de lui dans le monde arabe. Le gouvernement algérien a toujours refusé durant plus de 20 ans l’ouverture de chaîne privée algérienne. Il a également refusé que des étrangers ouvrent des bureaux de leur chaîne en Algérie. Le cas du bureau de Nessma Tv et la fermeture du bureau d’Al Jazeera en sont les meilleurs exemples.     

Le cas Rebrab, qui avait acheté le groupe El Khabar, avec sa chaîne KBC est un exemple de « message » que le gouvernement voulait transmettre à tout homme d’affaires. Pas d’investissement dans une chaîne sans que le propriétaire ne montre patte blanche. L’investissement étranger est perçu pour sa part comme une intrusion dans la vie politique et sociale de l’Algérie.

A.S     

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