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Menacée de disparition: la presse écrite est otage de la politique 

DIA-11 août 2017: La  fermeture annoncée du célèbre quotidien « La tribune » signe-t-il le début de la fin d’une presse écrite en Algérie?  L’information relayée par les réseaux sur la décision des actionnaires de fermer le journal lancé il y a plus de 22 ans au lendemain de l’ouverture du champ médiatique et politique est en tout cas, un signe avant-coureur de la fin de règne d’un média. La fin d’une presse écrite qui ne s’est pas restructurée par les années et qui a fait plus la richesse de ses patrons que la grandeur de leur entreprise était prévisible. Cette situation a été encouragée par l’arrivée des nouvelles technologies et les journaux électroniques, mais surtout en raison d’une baisse importante de la publicité dans la presse écrite. Comme dans les années 80, les journalistes des quotidiens publics El moudjahid, Horizons et Echaab avaient lancé leurs journaux privés, à leur tour 20 ans plus tard, les journalistes de ces quotidiens privés Echourouk, l’Expression, le Soir d’Algérie, El Watan ont lancé à leur tour leur journaux électroniques, menaçant ainsi leur aînés.       

2014, la recul de la publicité des opérateurs privés   

Depuis presque deux ans, la presse écrite souffre du manque de la publicité et de perspectives pour son développement. Après l’élection présidentielle de 2014 et la dernière qualification de l’équipe nationale en Coupe du monde, la publicité s’est faite de plus en plus rare dans les quotidiens nationaux privées. D’abord chez les opérateurs privés, les constructeurs automobiles, à l’image de Renault, Peugeot et Sovac, qui ont été limités par les nouvelles lois sur l’investissement qui les obligent à investir plus qu’à vendre, mais surtout le recul des opérateurs de téléphonie grands pourvoyeurs de publicité dans la presse nationale.  

Il y a eu l’épisode Ooredoo qui au lendemain du retour de l’équipe nationale du Brésil, l’émir du Qatar décide de stopper le financement de certains quotidiens algériens en publicité. La décision a été prise finalement de stopper la pub sur tous les quotidiens même les plus fidèles à l’opérateur pour ne pas créer une division.

Il faut dire que l’opérateur Ooredoo qui était le partenaire de l’équipe nationale de 2010 à 2014, avait été contraint de céder sa place à l’opérateur public Mobilis, soutenu par le Premier Ministre Sellal à l’époque.  

Les deux opérateurs avaient remplacé durant plus de quatre ans l’opérateur Djezzy, banni du paysage médiatique à cause des conséquences politiques du match contre l’Egypte. Même si Djezzy est revenu en 2013, juste avant la commercialisation de la 3G, le retour fût timide dans les pages des journaux privés.  Mais le plus grand coup porté à la presse écrite demeure la réduction des pages de l’Anep. D’abord, la politique appliquée par le DRS, d’inonder tous les journaux pour gagner leur soutien, a été grillée et stoppée par l’un des partisans de cette politique, Hamid Grine, ancien chargé des relations avec la presse chez Djezzy et nouveau ministre de la Communication.

La fin de la générosité de l’ANEP 

L’arrivée de Grine au lendemain de la Présidentielle de 2014, signa presque la fin de la manne publicitaire pour les 150 journaux que comptait la presse écrite nationale. L’arrivée de Grine coïncidait également avec l’arrivée en force de journaux électroniques, notamment TSA dont il était le pigiste non déclaré. Le site a servi de tribune ouverte pour le patron du FLN de l’époque Amar Saadani, qui mena une campagne agressive pour la mise à l’écart du puissant patron du DRS, le général major Mohamed Mediène, plus connu sous le nom de Toufik. La presse écrite n’a pas souhaité participer à cette guerre sans nom entre le DRS et la Présidence. Si une grande partie de la presse écrite est restée spectatrice attentive , deux ou trois journaux ont tenu la dragée haute à Saadani, Le Jeune indépendant à sa tête Amine Allouache et Dzair News de Hmida Ayachi.  Ces derniers étaient restés les fidèles alliés deToufik et ils l’ont payé cher après la mise à la retraite de celui-ci. Hmida Ayachi a décidé de fermer boutique faute de payer les dettes cumulées  de l’imprimerie et Amine Allouache a été poussé à la porte par les actionnaires du journal. Même le quotidien El Fadjr a également échappé à la sentence pour s’être mis aux côtés du général indésirable.  

2015-2016, sera une période noire pour certains journaux de la presse écrite. La chute du prix du baril de pétrole va contraindre l’Anep à réduire sa publicité dans les médias privés, gardant comme option prioritaire les médias publics.    

Le quotidien privé El Khabar qui n’a pas bénéficié de publicité de l’ANEP depuis des années est  étouffé par les dettes, il se jette dans les bras du milliardaire Rebrab. Mais le ministre de la Communication Grine refuse de valider la transaction et actionne l’appareil judiciaire pour stopper cette vente.                

L’année 2017, sera l’année des vaches maigres pour la presse écrite. La baisse des revenus pétroliers dans le pays a eu des conséquences dévastateurs sur le paysage médiatique: réduction de la pub de l’Anep, absence de la pub des constructeurs automobiles et recul de l’investissement publicitaire des opérateurs de téléphonie mobile, après le changement de la majorité des managers. Mais l’arrivée en force de la presse électronique, beaucoup plus légère, rapide et efficace sur les réseaux sociaux a affaibli le rendement de certains quotidiens de la presse écrite. Certains qui tiraient à 2000 exemplaires, ont même cessé de diffuser leur média, gardant seulement certains exemplaires pour les institutions publiques et pour les archives. Certains quotidiens comme Liberté, El Watan, Le soir d’Algérie, L’Expression, Le quotidien d’Oran et El Khabar résistent encore, même s’ils ont procédé à la réduction d’effectif pour compenser le manque de publicité de l’Anep. D’autres se sont convertis depuis longtemps en télévisions privées ce qui leur offre une couverture politique et une influence dans les affaires du pays, c’est le cas d’Ennahar, Echourouk, ou encore El Bilad.  Dans cette affaire seul Ennahar tire profit. Le quotidien Echourouk qui croule sous les dettes des imprimeries n’est diffusé que dans le centre, payant depuis quelques temps les égarements de la série Achour El Acher.  

Haddad relance de la bataille médiatique pour la présidentielle            

Mais depuis quelques temps, la presse est mise à rude épreuve. Après la fin de bailleurs de fonds de l’ANEP et des constructeurs automobiles, certains médias ont été récupérés par les oligarchies du régime pour une bataille médiatique et politique sans limites, en prévision de la future présidentielle 2019. 

Comme en 2004, la presse est divisée en deux camps, celle qui soutient le Premier Ministre Tebboune et son vent de changement et celle qui soutient le clan de Haddad et son monde indélicat des affaires.

C’est la rencontre du premier Ministre Tebboune avec son homologue français Edouard Philippe à Paris, qui signa le début d’une guerre médiatique qui ne dit pas son nom.  Certains médias se sont ouvertement placés comme les alliés du patron du FCE, Ali Haddad, contre le Premier Tebboune.  

C’est la télévision Ennahar Tv qui dirige cette fronde contre le chef de l’exécutif, appuyé par ses relais médiatiques électroniques Algérie1 et Alge24. Le journal Ennahar toujours bien informé a été le premier à annoncer la rencontre « informelle » de Tebboune avec le premier ministre français à Paris. Le traitement de l’information de la chaîne connue pour être proche du sérail a été très sévère et pose la question lancinante : « que fait le premier ministre Tebboune qui est censé être en vacances… à Matignon ? »

La campagne anti-Tebboune s’est calmée après la diffusion d’un laconique communiqué du service du Premier Ministère. Mais la campagne est repartie de plus belle, quand l’Expression, titra « Tebboune, dangereuse sortie de piste ». Le quotidien qui a bénéficié d’une pleine page de publicité du FCE, s’est lancé dans une campagne véhémente contre le Premier ministre depuis trois jours, s’attaquant également à son ministre de l’industrie Bedda, qui a stoppé net la politique catastrophique de Bouchouareb.  

Situation ubuesque puisque c’est ce même duo : Ennahar et l’Expression qui ont publié les mises en demeure du ministre des travaux publics contre le groupe d’Ali Haddad et qui mènent campagne pour la survie de ce dernier. 

Mais le coup médiatique de la semaine et sans doute le plus audacieux, (On n’a pas la confirmation de l’information par l’agence APS), la chaîne Ennahar Tv donnait une info presque fatale et qui menace l’avenir du Premier Ministre : Le président Bouteflika serait mécontent de la politique de son premier ministre Tebboune. L’information a été relayée par les médias proches d’Ennahar tv et publiée par le site TSA, qui fait partie du groupe des médias frondeurs contre le premier ministre et habile soutien de Haddad et de sa publicité.

Pour l’heure, l’Entv, qui est connue pour être la vitrine du pouvoir a été mise hors course dans ce combat à plumes tirées. Seule l’agence APS garde un semblant de pouvoir en diffusant des dépêches sur les actions du président Bouteflika déchiffrées comme des codes de lancement d’armes nucléaires.

Seuls deux médias électroniques algériepatriotique (en français) et aljazairyoum (en arabe) affichent leur opposition farouche au clan Haddad. Les autres médias attendent de voir plus clair pour se positionner et manifester leur soutien au clan adverse.  L’absence de visibilité politique a créer une grande panique mais chez les opérateurs économiques.

Contrairement à 2004, la bataille de la présidentielle 2019 se jouera avec le soutien des médias électroniques, de quelques télévisions privées et à un degré moindre l’agence gouvernementale APS. Et sur les 150 journaux de la presse écrite qu’avait l’Algérie en 2014, il ne restera qu’une dizaine après une restructuration générale des médias au lendemain de la présidentielle.    

Salim Bey     

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