La présidentielle 2019 et l'absence d'annonceurs menacent le programme Tv du ramadhan - DIA
39880
single,single-post,postid-39880,single-format-standard,qode-listing-1.0.1,qode-news-1.0,qode-quick-links-1.0,ajax_fade,page_not_loaded,,qode_grid_1400,footer_responsive_adv,hide_top_bar_on_mobile_header,qode-content-sidebar-responsive,transparent_content,qode-theme-ver-12.0.1,qode-theme-bridge,wpb-js-composer js-comp-ver-4.12.1,vc_responsive
dia-djaafar-gassam-souileh

La présidentielle 2019 et l’absence d’annonceurs menacent le programme Tv du ramadhan

DIA-06 Février 2019: A trois mois du ramadhan, c’est la panique dans la majorité des directions de télévisions Algériennes. Aucune production n’a bouclé son tournage, certaines n’ont pas encore déjà commencé. Cette situation inédite a été provoquée par deux facteurs importants. L’un économique et l’autre politique. En effet, la présidentielle de 2019, qui intervient à un mois du ramadhan pourrait bloquer plusieurs projets pour des raisons logistiques. La majorité des équipes techniques dans les boites de production les plus importantes du pays seront occupées par la campagne électorale, où une manne financière non négligeable sera distribuée.  Chaque candidat bénéficiera de 5 milliards minimum pour financer sa campagne et surtout réaliser un plan de communication basée sur les reportages, les réseaux sociaux et les spots de promotion. A cela s’ajoute des télévisions privées et des médias électroniques qui vont recruter des équipes techniques pour suivre certains candidats. La campagne électorale risque d’engendrer un grand vide en techniciens sur le marché audiovisuel local. Certaines agences ont déjà loué le matériel audiovisuel à l’avance et certains producteurs ont tout le mal du monde à trouver une caméra ou de la lumière.
L’absence d’investissement publicitaire provoque la crise dans l’audiovisuel 
La situation politique et logistique de la présidentielle s’ajoute à une grande instabilité dans le marché publicitaire. Les opérateurs de téléphonie (Djezzy, Mobilis et Ooredoo) qui ont l’habitude d’investir des milliards dans les productions audiovisuelles, ont réduit de plus 60% leur IPTV (Investissement publicitaire télévisuel). Une situation plus critique pour les constructeurs de véhicules (Renault, KIA, Hyundai ou encore Volkswagen) qui ont baissé leur investissement audiovisuel de 80%.  Seuls les constructeurs de mobile (Condor, Iris ou encore Oppo) et les entreprises d’agroalimentaire  restent attractifs.  L’absence d’annonceurs a obligé les principales chaînes de télévisions à revoir à la baisse leurs productions et par la même occasion leurs grilles de programmes.
Le paysage audiovisuel algérien qui a rassemblé la famille algérienne autour de 200 productions pour 10 chaînes verra sa production baisser de 3/4. Le plus grand indice de la baisse de la production c’est la télévision publique l’ENTV, qui n’a prévu que 3 productions exécutives cette année contre 7 l’année dernière et 10 en 2017. La télévision publique qui est généralement très généreuse, a réduit largement ses budgets. Elle produira 1 feuilleton pour A3, un sit com comique pour le prime time pour les trois chaînes (Canal Algérie, A3 et ENTV) et une série pour la chaîne 4 Amazighe. Une autre série Bab Dechra sera financée dans le cadre d’un bartering (Financement par la publicité), réalisé par la productrice de la série. Son budget pour le ramadhan est passé de 35 milliards en 2016, à 25 en 2017, 20 en 2018 et 15 en 2019, selon certaines sources.
Un budget que ne possède même pas la chaîne la plus regardée en Algérie, Echourouk Tv qui croule sous les dettes et qui compte remonter la pente avec l’apport des annonceurs. La chaîne d’Ali Fodil a tout misé sur son feuilleton phare « Machair » coproduit avec la chaîne Tunisienne Carthage+ avec une pléiade de stars algériennes à leur tête Souileh qui vient de rejoindre l’équipe à Tunis.  Ali Fodil garde encore la confiance de deux importantes agences publicitaires : BBDO et Medialgéria qui gèrent avec intelligence la manne publicitaire du paysage audiovisuel algérien. Le patron mise également sur Imed Hanouda qui a pris des parts dans Echourouk +. Ce dernier a placé certaines productions qui étaient destinées à El Djazairia One. L’affaire de l’émission Fati de Mohamed Khassani, a clairement fixé la frontière entre le style Echourouk Tv très familiale qui avait fait sa force et le style Hanouda, très open d’esprit qui avait fait le succès d’El Djazairia One.
Cette dernière, qui vient de connaître un changement à la tête de sa direction, peut toujours compter sur son stratège Samir Boudjadja qui a su redonner des couleurs roses à la chaîne au logo vert. Boudjadja qui est conscient de l’attente du public algériens après deux saisons à succès avec El Khawa, veut rester sur le drama en produisant un feuilleton avec des syriens. Cette production est actuellement en tournage à Damas avec comme vedette algérienne Khaled Benaissa. Boudjadja qui a mis fin à une tentative de déstabilisation de la  chaîne, annonce d’autres surprises pour bientôt et garde réelles ses ambitions pour ce ramadhan.
Des chaînes de télévision qui naviguent sans visibilité
La surprise du ramadhan 2019, pourrait venir de Numidia Tv, qui a fait une avancée considérable dans les sondages et s’impose dans le divertissement grâce à l’expérience et le savoir-faire du producteur et animateur Sofiane Dani. L’Arthur algérien a su installer deux programmes à la franchise  internationale et conseille pour le choix des programmes de Ramadhan. La chaîne a déjà récupéré le projet ambitieux de Nassim Boumaiza « Boubaltou », la première série western algérienne.  Ce dernier a bouclé le casting et le montage financier de la série et commencera bientôt le tournage en Espagne dans les studios d’Alméria.
Pour ce qui est de Dzair TV, le dramatique incident de Goucem a refroidi les ambitions de la chaîne de Haddad. Le nouveau patron du groupe médiatique Abrous Outoudert, qui n’est pas un spécialiste de l’audiovisuel et de la production a recruté Djamel Benali, ancien rédacteur en chef de l’ENTV et producteur d’émissions de débat sur les relations internationales pour s’occuper de la production des deux chaînes. Ce dernier va essayer de remonter le moral de ses troupes et de remettre la chaîne sur Rail. Ce qui n’est pas une mince affaire.
Concernant Ennahar Tv, qui se fait discrète après sa guerre médiatique contre certains influenceurs et artistes, prépare secrètement le ramadhan avec sa formule magique : la production interne. La guerre des mots entre Cheikh Shemssedine et Mohamed Khassani autour de l’émission controversée Fati, a relancé la concurrence féroce entre Ennahar et Echourouk.  Même si la chaîne n’a pas de problème de financement, elle doit néanmoins rétablir sa relation avec le monde artistique en prévision du Ramadhan.
Enfin El bilad Tv qui a fait partie des chaînes autorisées par le ministère de la Communication, elle va reconduire le concept de caméra cachée sociale qui avait fait le buzz l’année passée et maintenir parallèlement une émission de débat sur les émissions.
Pour ce qui est de Samira TV et El Haddaf TV, les deux chaînes thématiques non agréées , elles  continuent d’occuper de l’espace dans le paysage audiovisuel sans avoir une ligne directrice à prendre. Samira Tv peut néanmoins tirer profit du ramadhan avec les petits et grands annonceurs.
Cette année, aucune grosse production n’est annoncée. Achour El Acher est programmé pour 2020. Djaafar Gassem a même pris attache avec MBC pour essayer de placer sa fameuse série. Pour sa part Rym Ghazali n’a pas encore annoncé ses intentions pour le ramadhan, même si elle a réussi un grand coup l’année dernière avec Bougroun en devenant la première algérienne à placer une production dans le groupe très sélect de MBC.
Après la dramatique fin de Goucem, qui a mis à nu les difficultés de la production en Algérie, le manque de visibilité politique lié à la Présidentielle d’avril 2019 et les changements qui peuvent intervenir juste après sur certaines chaînes, menace plus que jamais le programme du Ramadhan de cette année et met en péril le paysage audiovisuel algérien à l’avenir déjà risqué. 
Salim Bey