Incarcéré pour viols à Paris : Les raisons de cette cabale contre Tariq Ramadan - DIA
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Incarcéré pour viols à Paris : Les raisons de cette cabale contre Tariq Ramadan

DIA-02 février 2018: Le théologien musulman de nationalité suisse et d’origine égyptienne Tariq Ramadan a été mis en examen vendredi pour viols et incarcéré au terme de deux jours de garde à vue.
Visé par deux plaintes pour des faits qui auraient été commis en France en 2009 et 2012, Tariq Ramadan a été, vendredi soir, mis en examen pour viol et viol sur personne vulnérable.

L’islamologue suisse Petit-fils du fondateur des Frères musulmans, Hassan el-Banna, a demandé qu’un éventuel placement en détention provisoire, requis par le parquet, fasse l’objet d’un débat ultérieur entre le juge des libertés et de la détention (JLD) et sa défense.

Dans l’attente de ce débat qui doit avoir lieu dans les quatre jours, il a été incarcéré. En garde à vue depuis mercredi matin, le théologien suisse de 55 ans a été confronté jeudi après-midi à l’une des deux plaignantes l’accusant de viol dans un hôtel lyonnais en 2009. Selon des sources proches du dossier, Tariq Ramadan a refusé de signer le procès-verbal à l’issue de cette confrontation.

La seconde plaignante, Henda Ayari, une ancienne salafiste, l’accuse de l’avoir violée en 2012 dans un hôtel parisien, des faits évoqués dans une autobiographie dans laquelle elle ne révélait pas l’identité de son agresseur. C’est dans la foulée de l’affaire Weinstein que femme de 41 ans dit avoir eu un déclic et décidé de porter plainte.

L’accusé nie les faits
Tariq Ramadan nie les faits qui lui sont reprochés. D’un commun accord avec l’université d’Oxford dans laquelle il était professeur, Tariq Ramadan a été mis en congé. Toutefois, le prédicateur continue toujours de diriger l’institut islamique de formation à l’éthique de Paris.

Ratiq Ramadan l’ennemi public des médias français pro-sionistes  

Longtemps ciblé dans les médias français et confronté à la montée de l’islamisme politique en France, il est devenu ennemi public et souvent interdit d’antenne et taxé de dangereux prédicateur islamiste. Ses interventions sur l’interdiction du voile en France et les attentats de Charlie Hebdo ont suscité une haine féroce de la part de certains milieux de la droite française encouragés par les médias pro-sionistes. Après avoir échoué à l’écrouer pour ses idées c’est ses conquêtes féminines et ses pulsions que les théoriciens du complot à leur tête Caroline Fourest, que Pascal Boniface qualifie dans son « livre les intellectuels », (serial menteuse).    

Tariq Ramadan est né le 26 août 1962 à Genève (Suisse), mais ses origines sont égyptiennes. Il n’est autre que le petit-fils du fondateur des Frères musulmans, Hassan El-Banna. Saïd Ramadan, le père de Tariq, s’est réfugié en Suisse au milieu des années 1950, après avoir échappé aux rafles du président égyptien Nasser sur la confrérie.

Tariq Ramadan, qui a grandi en Suisse, y obtient un baccalauréat français, suivi d’une maîtrise en littérature et en philosophie françaises, avant d’effectuer un doctorat en islamologie. Il réalise alors une thèse sur l’œuvre de son grand-père. Le jeune théologien commence sa carrière d’universitaire à Genève, entre 1982 et 1990.

Tariq Ramadan multiplie les conférences dans toute la France. L’islamologue, qui publie son premier livre, Les Musulmans dans la laïcité, en 1994, devient un orateur hors pair : il prêche, argumente et convainc. « Durant ces années 1990, la France devient une terre d’accueil et de diffusion de première importance pour les idées de ‘Ramadan' », explique Slate. Le théologien poursuit ses exposés sur l’islam en Europe, de l’Allemagne au Royaume-Uni.

Les conférences de Tariq Ramadan, dans le courant des années 1990 et 2000, attirent les foules. Le sociologue et politologue Vincent Geisser, qui a animé des assemblées avec lui jusqu’en 2005, se souvient de « grandes messes avec plusieurs milliers de personnes dans la salle ». « Il y avait des musulmans, des non-musulmans, des pratiquants et des non-pratiquants, des femmes, des hommes et surtout des jeunes entre 18 et 30 ans », explique-t-il à franceinfo.

A l’issue des conférences de Tariq Ramadan, les cassettes de ses discours étaient échangées, et « il y avait toujours vingt ou trente personnes pour venir lui poser des questions », se remémore Ian Hamel, auteur de la biographie La Vérité sur Tariq Ramadan.

C’est peut-être à travers le petit écran que les Français ont fait connaissance avec Tariq Ramadan. Sur les recommandations du spécialiste de l’islam Gilles Kepel, le journaliste Jean-Marie Cavada invite le théologien dans son émission « La Marche du siècle », en 1994. A à peine 32 ans, Tariq Ramadan fait ses premiers pas à la télévision. « Il crève l’écran », relate Le Monde dans un récent portrait. « Il nous a tous volé la vedette », confie Gilles Kepel, cité par le journal.

Ce sera la première intervention télévisée d’une longue série. De Laurent Ruquier à Thierry Ardisson, en passant par Serge Moati, Franz-Olivier Giesbert et Frédéric Taddéï, Tariq Ramadan est de toutes les émissions. Franz-Olivier Giesbert, par exemple, a commencé à l’inviter au début des années 2000. « J’ai tout de suite découvert un personnage brillant avec beaucoup de charme, très intelligent », raconte-t-il à franceinfo. « Tariq Ramadan a joué un rôle important dans la vie intellectuelle ces dix dernières années », renchérit Frédéric Taddéï. Ce dernier a notamment animé un vif débat entre l’islamologue et Caroline Fourest, auteure de Frère Tariq. Un échange extrêmement tendu, qui marquera les esprits.

Ce qui le caractérise, c’est son audience. Il a eu une influence indiscutable sur une partie de la population, notamment issue de l’immigration. A ce titre, il était pour moi incontournable dans le débat.

Il s’est retrouvé dans le viseur de Valls, Mélenchon et Sarkozy dès 2003
Les idées de Tariq Ramadan suscitent de vives réactions au cours de l’année 2003. Lui qui défend un islam réformiste tient des propos très controversés, qui choquent jusque dans les rangs politiques. Le 3 octobre, le théologien suisse signe une « Critique des (nouveaux) intellectuels communautaires » sur le site Oumma.com. Il y dresse une liste d’intellectuels juifs ou supposés l’être, qui seraient coupables de « prendre un positionnement politique qui répond à des logiques communautaires, en tant que juifs, ou nationalistes, ou défenseurs d’Israël ».

Les réactions sont immédiates. Trois membres du Parti socialiste, Vincent Peillon, Manuel Valls et Jean-Luc Mélenchon, signent une tribune dans Le Nouvel Observateur. « En pointant des intellectuels désignés comme “juifs” et en les plaçant en dehors de la raison commune, Monsieur Ramadan s’est inscrit dans la tradition classique de l’extrême droite. Ce sont les fascistes qui pensent et parlent ainsi », dénoncent-ils.

La controverse enfle. Moins d’un mois plus tard, Tariq Ramadan se retrouve face à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, sur le plateau de l’émission « 100 minutes pour convaincre ». Au cours d’une discussion très tendue, ce dernier demande au théologien sa position sur la lapidation des femmes. Tariq Ramadan se dit alors favorable à un « moratoire », provoquant une nouvelle polémique.

Il a tenu un discours complotiste sur l’attentat de « Charlie Hebdo »
Après l’attentat contre Charlie Hebdo, en janvier 2015, Tariq Ramadan n’hésite pas à développer des arguments qui pourraient être le fait des services secrets français. « Nous devons condamner, mais nous ne devons pas être naïfs », écrit-il sur sa page Facebook. « Nous devons demander comment ils [les frères Kouachi] ont été en capacité de faire cela. (…) Nous devons demander quelles sont leurs connexions, quel est le rôle des services secrets dans toute cette affaire », poursuit le théologien.

Il a été visé par plusieurs interdictions de séjour
Plusieurs des positions tenues par Tariq Ramadan lui ont valu plus que des critiques. L’islamologue a, au cours de sa carrière, fait l’objet de plusieurs interdictions de séjour, en France comme à l’étranger. Dès 1995, Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur, lui interdit d’entrer sur le territoire français en raison de « menaces contre l’ordre public », précise Slate. L’homme politique s’inquiète de l’influence qu’il gagne à travers ses conférences, notamment auprès des jeunes. L’interdiction ne durera que quelques mois, le théologien bénéficiant du soutien de plusieurs associations.

L’histoire se répète près de dix ans plus tard, cette fois outre-Atlantique. En 2004, les Etats-Unis annulent le visa de Tariq Ramadan, pourtant invité pour enseigner au sein d’une université américaine. Selon Le Monde, les autorités l’accusent d’avoir versé de l’argent à l’Association de secours palestinien (ASP), une organisation figurant sur une liste noire des Etats-Unis. Le théologien est soupçonné de soutenir et de contribuer au financement du terrorisme. L’interdiction ne sera levée que six ans plus tard, en janvier 2010.

Il a demandé (sans succès) la nationalité française
Le théologien suisse, marié à une Française convertie à l’islam, a annoncé vouloir devenir français en février 2016, en plein débat sur la déchéance de nationalité. Tariq Ramadan écrit dans un message publié sur Facebook. « Après des années de réflexion, j’ai pris la décision de prendre la nationalité française (ce qui est un droit, me dit-on, dans ma situation) (…) Suisse toujours, et français bientôt, je n’en poursuivrai que mieux mon engagement pour le vivre-ensemble », annonce l’islamologue.

Mais la réponse du Premier ministre de l’époque, Manuel Valls, est négative. Le 22 mai, alors qu’il donne une interview à Radio J, le chef du gouvernement français affirme qu’il n’y a « aucune raison pour que Tariq Ramadan obtienne la nationalité française ». 

Il a été conseiller de Tony Blair sur le terrorisme
Le professeur d’Oxford, récemment mis en congé à la suite des accusations de viols et de violences volontaires le visant, n’a pas eu qu’une carrière universitaire au Royaume-Uni. Le gouvernement travailliste de Tony Blair l’a désigné conseiller en 2005, afin de travailler sur le terrorisme et la radicalisation religieuse de jeunes musulmans. Dans La Tribune de Genève, un éditorialiste estime alors que Tony « Blair démontre le bon usage qu’il convient de faire de Tariq Ramadan » : un juste milieu, entre « diabolisation et sanctification ».

 Amel Bouchaib