Pourquoi l’influenceur américain Speed a été chassé du stade Nelson Mandela ? (Vidéo)
DIA-17 janvier 2026: La présence en Algérie de l’influenceur américain IShowSpeed, de son vrai nom Darren Watkins Jr., a provoqué une large controverse sur les réseaux sociaux, ravivant le débat sur l’impact réel des influenceurs étrangers et sur l’image du pays à l’ère du streaming en direct. La vidéo a été vue par au moins 50 millions de personnes sur sa chaîne Youtube en une seule journée.
Très suivi sur YouTube, où il cumule des dizaines de millions d’abonnés, Speed s’inscrit dans une tournée africaine largement médiatisée. En Algérie, ses premières vidéos, tournées notamment dans le Sud du pays, ont été accueillies avec un certain enthousiasme, en particulier parmi les jeunes internautes, sensibles à cette exposition internationale jugée positive pour le tourisme.
Cependant, cette dynamique s’est rapidement inversée après un incident survenu au stade Nelson Mandela à Alger, en marge de la Supercoupe d’Algérie mêlant deux grands clubs de la capitale le MCA et l’USMA. L’influenceur a fait un geste obscène qui a provoqué la colère des supporters ultras. Il est alors pris à partie par une partie du public, l’influenceur a essuyé des jets de bouteilles et d’objets, l’obligeant à quitter les tribunes précipitamment en plein direct soigneusement bien gardé par ses bodyguards venus de Paris. Les images, largement relayées à l’étranger, ont déclenché une avalanche de commentaires parfois excessifs, voire accusateurs.
Sur certaines plateformes françaises et étrangères, l’incident a été interprété comme un acte de racisme ou de rejet de l’étranger. Une lecture que de nombreux Algériens jugent hâtive et déconnectée du contexte local. Les débordements dans les stades, bien que condamnables, sont récurrents et relèvent davantage d’un problème de culture et de non compréhension d’une geste.
La polémique Speed met également en lumière un malaise plus large : celui d’une jeunesse fascinée par les figures numériques mondialisées, parfois au détriment d’une réflexion critique sur leur rôle et leur impact. L’Algérie mérite mieux qu’une exposition fondée sur le buzz et l’incident. Elle a besoin de récits construits, respectueux, portés par des créateurs qui comprennent la complexité du pays, son histoire et ses sensibilités.
En définitive, l’affaire Speed n’est ni un scandale national, ni une preuve d’hostilité structurelle. Elle est le symptôme d’un choc entre deux logiques : celle de l’algorithme et du spectacle permanent, et celle d’une société qui refuse d’être réduite à un décor de streaming. Une leçon à méditer, autant pour les influenceurs que pour ceux qui les accueillent.
Au-delà de l’épisode du stade, cette affaire pose une question plus large : quelle place accorder aux influenceurs internationaux dans la représentation de l’Algérie ? Si certains y voient un outil de promotion moderne et gratuit, d’autres dénoncent une mise en scène opportuniste, où le pays devient un simple décor au service du buzz et de l’algorithme. Même l’ancien président islamiste du MSP Abderzak Makri s’en est mêlé sur les réseaux sociaux en s’interrogeant: « Qui lui a donné l’autorisation de faire une manifestation? »
La polémique met également en lumière l’absence de cadre clair encadrant ce type de visites médiatiques, notamment dans des lieux sensibles comme les stades ou les espaces publics. Elle souligne enfin la nécessité de distinguer entre une valorisation sérieuse du patrimoine national et une exposition instantanée dictée par les codes du divertissement numérique.
En définitive, l’affaire Speed ne saurait résumer l’Algérie ni son sens de l’hospitalité. Elle révèle plutôt le choc entre une logique de spectacle mondialisé et une société qui aspire à maîtriser son image, loin des caricatures et des lectures simplistes.
On garde néanmoins, de belles images de cette virée yankee in Algiers d’un influenceur qui a découvert en l’espace d’une journée, le décor du film la bataille d’Alger, la Casbah, ses pizzas, ses youyous, sa zorna, ses mhadjeb ou encore son couscous et son baroud. Pire encore, il découvrira la baie d’Alger du plus haut minaret du Monde.
Amel Bouchaib