Affaire Flydubai : Où comment la propagande israélienne fabrique un faux détournement (Vidéo)
DIA-02 octobre 2026: Décidément les israéliens excellent dans les séries d’espionnages. Ainsi l’affaire Flydubai est devenue, en quelques heures, une opération de propagande politique israélienne non déclarée.
La question mérite d’être posée tant la rapidité avec laquelle le Premier ministre sioniste Benjamin Netanyahu s’est emparé de l’incident contraste avec la prudence des autorités chargées de l’enquête.
Le 30 septembre, le vol FZ1073 de Flydubai, reliant Dubaï à Tel-Aviv, a connu un incident spectaculaire. L’appareil a été dérouté vers Tabuk, en Arabie saoudite, après un affrontement dans le cockpit. Le copilote aurait agressé le commandant de bord, avant que des passagers et des pilotes de relève présents dans l’avion ne contribuent à reprendre le contrôle de l’appareil.
Mais sur les circonstances exactes et surtout sur le mobile, les autorités n’avaient pas encore livré de conclusion définitive. Les Émirats arabes unis ont annoncé l’ouverture d’une enquête judiciaire portant notamment sur les circonstances, les motivations éventuelles, une possible connexion terroriste et l’existence d’une éventuelle préparation préalable.
C’est dans cet espace d’incertitude que Benjamin Netanyahu est intervenu. Le Premier ministre israélien a affirmé que le copilote qui a été présenté comme de nationalité Omanaise avait subi une « radicalisation islamiste » et présenté l’incident comme une tentative de faire s’écraser l’avion. Reuters rapporte que les services de sécurité israéliens considéraient alors que l’homme aurait agi seul, tandis que les investigations des autorités émiraties, saoudiennes et israéliennes se poursuivaient. Aucune preuve d’un lien avec l’Iran n’avait été établie à ce stade.
Al Jazeera relève d’ailleurs qu’il n’existait pas encore de confirmation indépendante d’une tentative de détournement et que plusieurs éléments avancés par Netanyahu n’avaient pas été vérifiés de manière indépendante. La chaîne rapporte également que le chef de l’opposition israélienne Yair Lapid a accusé des voix proches du gouvernement de chercher à utiliser politiquement l’incident.
Autre élément troublant : parallèlement au récit officiel et politique, une véritable usine à fake news s’est mise en marche sur les réseaux sociaux. Une fausse vidéo attribuée à la BBC affirmait notamment que le Mossad et des responsables indiens auraient organisé une opération secrète autour du vol. Les vérificateurs de BBC Verify et VerificaRTVE ont établi qu’il s’agissait d’une vidéo manipulée par intelligence artificielle. Il n’existe aucune preuve crédible permettant d’affirmer que le Mossad aurait organisé l’incident, mais rien n’est exclue.
Il faut donc distinguer deux choses : la réalité de l’incident aérien et le récit qui s’est construit autour de lui.
L’incident est réel. En revanche, son interprétation politique reste largement dépendante d’une enquête qui n’était pas terminée. Et c’est précisément dans cette zone grise que la communication politique peut devenir un outil de récupération.
Dans un contexte régional extrêmement tendu et à quelques semaines des élections israéliennes, cette récupération politique mérite d’être documentée et interrogée. Elle ne constitue toutefois pas, à ce stade, la preuve d’une opération montée de toutes pièces.
Entre événement réel, communication gouvernementale sioniste, emballement médiatique et désinformation numérique, l’affaire Flydubai révèle surtout une bataille autour du récit. Et dans cette bataille, Netanyahu a été l’un des premiers à imposer son interprétation.
False Flag : quand la réalité officielle devient suspecte
C’est précisément là que l’affaire Flydubai devient médiatiquement fascinante. La comparaison nous renvoi à la série False Flag qui fournit le parallèle le plus troublant.
Dans cette série israélienne, cinq citoyens ordinaires découvrent leurs visages à la télévision après l’enlèvement d’un ministre iranien. Les autorités russes accusent le Mossad. Les suspects sont présentés comme des agents potentiels, tandis que les services israéliens enquêtent sur eux. La série s’inspire d’un fait réel l’assassinat justement d’un cadre du Hamas par les éléments du Mossad déguisé en touristes à Dubai.
Le principe même de la série repose sur une question : quelle différence existe-t-il entre l’image publique d’un événement et ce qui s’est réellement passé en coulisses ? Son créateur Amit Cohen l’expliquait explicitement dans une interview au Monde.
Et le terme « false flag » n’est pas anodin : il désigne, dans le langage du renseignement et de la polémologie, une opération destinée à faire croire qu’une action a été menée par un autre acteur.
Flydubai : la fiction comme grille de lecture ?
Il ne serait pas exclu d’affirmer que l’incident est une opération israélienne sous fausse bannière. Aucune preuve publique ne permet aujourd’hui de soutenir mais l’analyste est lancée.
En revanche, on peut observer un phénomène beaucoup plus concret : avant même la conclusion de l’enquête, l’événement a été intégré dans un récit sécuritaire israélien, avec Netanyahu en première ligne. Cette récupération intervient quelques semaines avant les élections israéliennes du 27 octobre, alors que Netanyahu avait justement averti la veille de possibles attaques contre Israël.
La boucle médiatique est donc spectaculaire : un incident aérien réel → une interprétation sécuritaire immédiate → une bataille politique autour du récit → une explosion de théories sur les réseaux sociaux.
Et cette dernière dimension rappelle à son tour False Flag : dans la série comme dans l’affaire Flydubai, le véritable enjeu devient rapidement la maîtrise de l’information.
Dans l’affaire Flydubai, une chose est déjà certaine : l’avion a bien connu un incident. Mais la bataille pour expliquer cet incident a commencé bien avant que l’enquête ne soit terminée.
Amir Hani