Confidentiel : Echec du plan de « la marche verte vers Ceuta » élaboré par le Makhzen
DIA-31 juillet 2026: Le Royaume du Maroc espérait transformer le dossier de Ceuta en démonstration de force diplomatique. Les autorités marocaines misaient sur une pression politique croissante à l’égard de l’Espagne afin d’imposer leur lecture du statut des enclaves de Ceuta et Melilla. Mais les derniers développements montrent que cette stratégie peine à produire les résultats escomptés.
Depuis plusieurs années, Rabat considère les deux villes autonomes espagnoles comme des territoires appelés à être « récupérés ». Cette revendication s’inscrit dans une politique plus large visant à affirmer les intérêts stratégiques du royaume sur plusieurs dossiers régionaux. Toutefois, contrairement à la question du Sahara occidental, Madrid n’a jamais laissé entrevoir la moindre ouverture concernant la souveraineté sur Ceuta et Melilla.
Certains observateurs marocains ont établi un parallèle avec la Marche verte de 1975, estimant que Rabat pourrait être tenté de mobiliser à nouveau le levier populaire pour renforcer sa revendication sur Ceuta et Melilla. Cette comparaison reste toutefois largement théorique. Contrairement au contexte du Sahara occidental dans les années 1970. Une initiative similaire à la Marche verte se heurterait donc à un environnement politique, diplomatique et sécuritaire profondément différent. En 1975, la Marche verte s’inscrivait dans un contexte géopolitique particulier marqué par le retrait de l’Espagne du Sahara occidental. Aujourd’hui, Ceuta constitue une frontière extérieure de l’Union européenne, protégée par d’importants dispositifs de sécurité. Une stratégie inspirée de celle de 1975 aurait peu de chances de produire les mêmes effets et risquerait au contraire de provoquer une crise majeure entre Rabat, Madrid et Bruxelles.
Les autorités espagnoles ont, au contraire, multiplié les gestes de fermeté. Les visites répétées de hauts responsables politiques dans les deux enclaves, le renforcement des dispositifs de sécurité ainsi que les investissements destinés à moderniser les infrastructures témoignent d’une volonté claire : rappeler que Ceuta et Melilla font partie intégrante du territoire espagnol.
Le gouvernement espagnol bénéficie en outre du soutien de l’Union européenne, qui considère les frontières de Ceuta et Melilla comme des frontières extérieures de l’espace européen. Cette solidarité réduit considérablement les marges de manœuvre diplomatiques de Rabat.
Sur le plan médiatique, la stratégie marocaine semble également atteindre ses limites. Les tentatives de relancer régulièrement le débat sur la souveraineté des enclaves ne modifient pas la position officielle de Madrid. Au contraire, elles alimentent parfois un consensus politique espagnol en faveur d’un renforcement de la présence de l’État dans ces territoires.
Les crises migratoires ayant marqué les relations entre les deux pays ont également laissé des traces. L’utilisation de la question migratoire comme levier politique a suscité de nombreuses critiques en Europe et conduit les autorités espagnoles à renforcer leurs capacités de contrôle aux frontières. Cette évolution réduit l’efficacité d’un instrument qui avait auparavant constitué un moyen de pression non négligeable.
Au niveau international, le Maroc concentre aujourd’hui l’essentiel de son action diplomatique sur d’autres priorités, notamment le dossier du Sahara occidental et le développement de ses partenariats économiques. Dans ce contexte, la revendication sur Ceuta apparaît davantage comme un discours politique destiné à l’opinion publique nationale que comme un objectif susceptible d’aboutir à court ou moyen terme.
Pour Madrid, la ligne demeure inchangée. Les gouvernements successifs, qu’ils soient de gauche ou de droite, refusent toute négociation sur la souveraineté des deux villes. Cette continuité renforce la crédibilité de la position espagnole face aux revendications marocaines.
En définitive, la stratégie du Makhzen concernant Ceuta semble se heurter à plusieurs obstacles majeurs : une opposition espagnole unanime, un soutien européen solide et un contexte international peu favorable à une remise en cause des frontières existantes. Si Rabat continue d’entretenir cette revendication dans son discours officiel, les faits montrent que le rapport de force diplomatique reste, pour l’heure, largement favorable à Madrid. Les ambitions marocaines sur Ceuta apparaissent ainsi davantage comme un objectif politique de long terme que comme une perspective réaliste dans le contexte actuel.
Amir Hani