Décès de cinéaste français d’origine algérienne Tony Gatlif à l’âge de 77 ans
DIA-04 septembre 2026: Né d’un père algérien et d’une mère gitane Tony Gatlif était de partout et de nulle part, à la fois. Son cinéma a joyeusement achevé de brouiller les pistes. Disparu mercredi à 77 ans, alors qu’il préparait un nouveau projet, l’auteur de Gadjo Dilo et Exils laisse derrière lui une œuvre nomade et lyrique, sociale et foutraque. Vingt et un films et des centaines de kilomètres parcourus à l’écran par ses personnages, d’Arles à l’Andalousie, de la Roumanie à la Turquie. À travers ces errances, il semblait avoir filmé un seul et même périple. Le sien ?
Rencontré en 1967, Michel Simon redirige vers le conservatoire ce gamin passé par une maison de correction. Tony Gatlif se plaisait à rappeler l’anecdote, mais n’oubliait pas de payer aussi son tribut à un éducateur qui l’avait aidé. D’abord figurant, il se bricole un destin en devenant réalisateur. Le succès survient avec Les Princes (1983), l’histoire d’un gitan de banlieue parisienne incarné par Gérard Darmon. Toutes les routes mènent aux Roms, ces damnés de la terre. Il les filme sur les chapeaux de roues, à la diable. Devant ces premiers longs-métrages, où l’intrigue disparaît vite dans le rétroviseur, Le Figaro décrivait un style « entre nostalgie et sensualité provocante ».
Après Le Temps des Gitans d’Emir Kusturica, avec qui il partage le goût pour la marge, la bringue et les larmes, Tony Gatlif entreprend de réveiller l’âme romani. Latcho Drom (1993) rejoue en musique l’ancienne migration entreprise par le peuple gitan depuis le Rajasthan. « Les gens ne savaient pas qui ils étaient, les journalistes me demandaient si les Roms venaient de Bohème », se souvenait le réalisateur, auréolé d’un prix Un certain regard à Cannes en 1993. Plus prestigieux, il reçoit une décennie plus tard le prix de la mise en scène pour Exils. Où Romain Duris prend la route pour chercher ses origines algériennes. En Andalousie, le flamenco agit sur lui comme un chant des sirènes.
Parfois, les prétextes sont plus minces. Dans Djam (2017), Daphné Patakia quitte la Grèce pour Istanbul afin de chercher une pièce de moteur de bateau. Tony Gatlif avait été charmé par cette actrice dont « la démarche à la Charlot » contredisait la beauté. Comme Romain Duris, la comédienne lui doit en partie le début de sa carrière. Djam est l’occasion de faire entendre du rébétiko, arrivé en Grèce avec l’expulsion des populations helléniques de Turquie, dans les années 1920. Du jazz manouche (Swing) au genre tzigane traditionnel, les intermèdes musicaux offrent une « ossature », pour le citer, à ses scénarios. Tony Gatlif doit ses deux César à des bandes originales écrites ou coécrites par ses soins.
Avec une pincée de réalisme magique, des personnages féminins forts, un sous-texte social, l’enthousiaste Tony Gatlif cherchait à amplifier « la voix de ceux qui ne peuvent pas se défendre ». Il n’était pas loin de penser que seuls les fêlés laissent passer la lumière, à l’image du héros de Tom Medina (2021), un petit délinquant qui vrille sur fond obscur de rédemption et de marais camarguais. Le cinéaste donnait parfois le sentiment de se répéter. Pour lui, il n’y avait pas de fin au voyage.