L’annonce de l’Ambassadeur Romatet à propos des visas pour les algériens « déplait » à Le Pen et Retailleau
DIA-18 juillet 2026: À moins d’un an de l’élection présidentielle française, un vieux réflexe ressurgit avec une régularité presque mécanique : dès que la campagne s’intensifie, l’Algérie redevient un argument électoral. Les déclarations de l’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet, évoquant une reprise progressive de la délivrance des visas, ont déclenché une avalanche de réactions outrancières de la part de la droite et de l’extrême droite. Comme si renouer le dialogue avec Alger relevait d’une faute politique.
Marine Le Pen a dénoncé une prétendue « ouverture totale des vannes migratoires », tandis que Bruno Retailleau et François-Xavier Bellamy ont accusé Emmanuel Macron de « courber la tête » devant les autorités algériennes. Une fois encore, le débat est réduit à une vision caricaturale où l’Algérie est présentée comme un problème permanent et les Algériens comme une menace migratoire.
«L’ouverture totale des vannes migratoires par un pouvoir macroniste en bout de course n’est pas une option pour la France», assure Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national à l’élection présidentielle de l’an prochain. «Elle l’est d’autant moins à l’égard d’un régime hostile qui depuis des mois se soustrait à ses obligations en refusant de reprendre ses OQTF», poursuit-elle. L’élue du Pas-de-Calais réagissait à l’entretien accordé par l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, au média francophone TSA le 14 juillet.
Et pourtant Romatet est claire dans son discours du 14 juillet à Alger : «Je suis revenu en Algérie avec un mandat, avec une volonté, celle du président Emmanuel Macron, celle aussi qui m’a été confirmée dès mon arrivée par le président Abdelmadjid Tebboune, de, en quelque sorte, remettre cette relation sur les rails», expliquait-il, voulant «faire redémarrer» la coopération entre Paris et Alger dans les domaines de «la sécurité, la justice et les questions migratoires». «Avant la crise nous délivrions à peu près 250 000 visas par an », rappelle-t-il. « Notre objectif, c’est de faire en sorte que ce volume de visas puisse redémarrer à la hausse et revenir probablement au niveau antérieur à la crise », explique le diplomate qui affirme vouloir « faire en sorte que la population n’en subisse pas les conséquences… »
« Quelle tristesse de voir notre diplomatie contrainte de courber la tête à cause des renoncements du président de la République face au régime algérien », a réagi le candidat LR à la présidentielle, Bruno Retailleau, jeudi sur X. L’eurodéputé François-Xavier Bellamy a lui aussi fait part de son désappointement. « Aucune condition n’est fixée », s’est-il désolé au sujet de l’objectif assumé d’augmenter le nombre de visas délivrés aux Algériens.
Cette rhétorique de la droite n’est pourtant ni nouvelle ni crédible. Depuis des décennies, une partie de la classe politique française instrumentalise l’Algérie pour flatter son électorat. À chaque échéance électorale, les mêmes thèmes reviennent : visas, immigration, OQTF, mémoire, sécurité. Les faits passent au second plan, remplacés par des slogans destinés à alimenter les peurs.
Or, les visas ne sont pas un cadeau fait à l’Algérie. Ils répondent d’abord aux intérêts de la France elle-même. Les échanges universitaires, les déplacements d’hommes d’affaires, les coopérations scientifiques, culturelles ou économiques bénéficient aux deux pays. Des centaines d’entreprises françaises sont présentes en Algérie, et des milliers de familles vivent entre les deux rives de la Méditerranée. Présenter toute reprise des visas comme une capitulation relève davantage de la posture politique que de l’analyse.
Les critiques formulées contre le rapprochement franco-algérien révèlent surtout une incapacité à accepter une réalité diplomatique élémentaire : aucun grand pays ne peut durablement ignorer l’Algérie. Première puissance militaire du Maghreb, acteur incontournable de la sécurité au Sahel, partenaire énergétique majeur de l’Europe et marché de plus de 46 millions d’habitants, l’Algérie est un interlocuteur stratégique pour Paris, quels que soient les gouvernements en place.
La coopération sur les questions migratoires elle-même ne peut fonctionner que dans un climat de confiance. Les expulsions, les réadmissions ou la lutte contre les filières clandestines nécessitent un dialogue permanent entre les deux États. Rompre ce dialogue, comme le réclament certains responsables politiques français, reviendrait paradoxalement à rendre ces dossiers encore plus difficiles à gérer.
Au fond, les réactions de Marine Le Pen, Bruno Retailleau ou François-Xavier Bellamy traduisent moins une vision de la relation franco-algérienne qu’une stratégie de politique intérieure. L’Algérie sert de repoussoir commode dans une compétition électorale où chaque déclaration est pensée pour séduire un électorat sensible aux questions migratoires.
Cette instrumentalisation permanente finit cependant par affaiblir la crédibilité de la France elle-même. Une diplomatie ne peut être dictée par les impératifs d’une campagne présidentielle. Les relations entre Paris et Alger méritent mieux que des polémiques alimentées par des calculs électoraux.
Les deux pays ont connu suffisamment de crises pour savoir qu’aucune solution durable ne peut être construite dans l’invective. Le réalisme commande de dialoguer, de coopérer et de défendre ses intérêts mutuels. Ceux qui présentent chaque geste d’apaisement comme une faiblesse oublient qu’en diplomatie, la fermeté ne s’oppose pas au dialogue ; elle en est souvent la condition.
Amir Hani